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 Des chairs

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Meleagre
Grand Recteur Adjoint
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Masculin Messages : 871
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Duché/Comté : Normandie

MessageSujet: Des chairs   Mar 22 Jan - 14:14

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I

J'emploie, pour les préliminaires de ce traité, les opinions communes d'autres qui ont été avant moi ; puis les miennes propres; car il faut donner un principe commun aux opinions, voulant composer ce traité touchant l'art médical. Je n'ai besoin de parler des choses célestes qu'autant qu'il faut pour montrer, quant à l'homme et au reste des animaux , quelles parties sont nées et se sont formées, ce qu'est l'âme, ce qu'est la santé et la maladie, ce qu'est le mal et le bien dans l'homme, et par quelle cause il meurt. Présentement j'expose mes propres opinions.


II

Ce que nous appelons le chaud est, à mon avis, immortel, a l'intelligence de tout, voit, entend, connaît tout, le présent comme l'avenir. Quand toutes choses se confondirent, la plus grande partie du chaud gagna la circonférence supérieure ; c'est ce que les anciens me paraissent avoir nommé éther. Le second élément, placé inférieurement, s'appelle la terre, froid, sec et plein de mouvements; et, de fait, il a une grande quantité de chaud. Le troisième élément, qui est l'air, occupe, étant un peu chaud et humide, l'espace intermédiaire; le quatrième, qui est le plus près de la terre, est le plus humide et le plus épais.


III

Tout cela foulant ensemble, quand la confusion s'y mit : la terre retint beaucoup de chaud, çà et là, ici de grands amas, là de moindres, ailleurs de très-petits, mais en très-grand nombre. Avec le temps, le chaud séchant la terre, ce qui en avait été retenu produisit des putréfactions tout autour comme des membranes. Avec une chaleur longtemps prolongée, tout ce qui, né de la putréfaction de la terre, se trouva gras et privé presque d'humidité, fut bientôt consumé et transformé en os. Mais tout ce qui se trouva glutineux et tenant du froid, n'ayant pu sans doute être consumé par la chaleur ni passer à l'humide, prit une forme différente de tout le reste et devint nerf solide ; car ces choses n'avaient pas beaucoup du froid. Au contraire, les veines en avaient beaucoup ; et, de ce froid, tout ce qui, à la Circonférence, était le plus glutineux , rôti par le chaud , devint membrane ; mais la partie froide, vaincue par le chaud, fut dissoute et se transforma en liquide. De la même façon, la gorge, l'œsophage , l'estomac et les intestins jusqu'au rectum devinrent creux; car le froid s'échauffant sans cesse , tout ce qu'il y avait de glutineux à la circonférence se rôtit, et la membrane intérieure devint une tunique ; mais ce qu'il y avait de froid à l'intérieur, ne contenant pas beaucoup de gras et de visqueux, se fondit et devint humide. Il en fut de même pour la vessie; beaucoup de froid y fut laissé ; l'intérieur, échauffé par le chaud, fut 589 dissous et devint liquide ; car il n'y avait là ni gras ni glutineux ; et ce qui resta de trop devint tunique. Les choses s'étant passées ainsi pour tout ce qui est creux, là où il y avait plus de parties glutineuses que de parties grasses, la membrane est devenue tunique, et là où il y avait plus de parties grasses que de glutineuses, il s'est formé des os. Disons-en autant des os : Ceux qui n'avaient point de glutineux, mais qui étaient pourvus de parties grasses et froides, ont été brûlés plus promptement à cause de ces parties grasses, et ils sont devenus les plus durs et les plus solides des os. Là où le gras et le glutineux se correspondent, les os sont fistuleux. Voici comment : le froid condense; le chaud raréfie, et, à la longue, dessèche; quand il se trouve des parties grasses, il brûle et dessèche plus promptement; au lieu que, si le glutineux est uni au froid sans le gras, il ne peut être brûlé ; mais, échauffé, il se condense avec le temps.


IV

Le cerveau est la métropole du froid et du glutineux. Le chaud est la métropole du gras; car ce qui se fond tout d'abord par la chaleur, devient gras. Ainsi le cerveau , ayant très-peu de gras et beaucoup de glutineux, ne peut être brûlé par la chaleur, mais, avec le temps, il a formé autour de soi une membrane qui lui sert de tunique; et autour de cette membrane, ce quia été vaincu par le chaud et contenait des parties grasses, est devenu os. La moelle appelée dorsale provient du cerveau ; et il n'y a en elle ni beaucoup de parties grasses ni beaucoup de parties glutineuses, non autrement qu'au cerveau. C'est donc à tort qu'on lui donne le nom de moelle. Elle n'est pas semblable à la moelle des os. Seule, elle a des membranes ; l'autre moelle n'en a pas. On se convaincra de tout cela en faisant cuire des parties tendineuses et glutineuses et d'autres parties ; les autres parties cuisent promptement ; mais les parties tendineuses et glutineuses ne cuisent pas, car elles ont trop peu de gras. Or ce sont les choses grasses et onctueuses qui cuisent le plus vite.


V

Le cœur contient beaucoup de glutineux et de froid; échauffé par la chaleur, il est devenu une chaire durent visqueuse; autour de lui s'est formée une membrane, et il a été creusé non comme les veines. Il est placé à l'origine de la veine la plus creuse. Deux veines caves sortent du cœur; l'une est appelée artère, l'autre veine cave, à laquelle le cœur est appliqué. Le cœur a le plus de chaleur là où est la veine cave, et il distribue l'air. Outre ces deux veines, il y en a d'autres dans le corps. Celle qui est la plus cave et à laquelle tient le cœur, traverse tout l'abdomen et les phrénes (diaphragme), et se partage à l'un et à l'autre rein. Aux lombes, elle se divise et se rend aux autres parties et aux deux membres inférieurs. De même, au-dessus du cœur, dans le col, les unes vont à droite, les autres à gauche. Elles se rendent à la tête et se partagent l'une et l'autre dans les tempes. Il est facile d'énumérer les plus grandes veines; et on peut dire en un seul mot que toutes les veines distribuées dans tout le corps proviennent de la veine cave et de l'artère. Les plus grosses sont près du cœur, au col et à là tête, et, au-dessous du cœur, jusqu'aux hanches.


VI

La plus grande chaleur est dans les veines et clans le cœur; c'est pourquoi le cœur, qui est la partie la plus chaude de l'homme, a de l'air. On se convainc facilement que l'air est ce qui l'alimente : Le cœur et les veines caves se meuvent continuellement, et ces veines contiennent le plus de chaleur; voilà la raison pour laquelle le cœur, qui est la partie la plus chaude dans l'homme, attire l'air. En voici encore une autre preuve : qu'on allume du feu dans une maison où nul vent ne se fait sentir, la flamme se meut tantôt plus tantôt moins ; une lampe allumée se meut de la même façon, tantôt plus, tantôt moins, sans qu'elle soit agitée par aucun vent dont nous soyons capables de percevoir le souffle. Ajoutez que le froid sert d'aliment au chaud. L'enfant, dans le ventre maternel, ayant les lèvres continuellement rapprochées, suce la matrice et tire l'aliment et l'air dans le dedans du cœur, car cet air est très-chaud chez l'enfant, autant du moins que respire la mère; or, le chaud donne le mouvement à l'air et au corps, ainsi qu'à tout le reste. Si l'on demande comment l'on s'est convaincu que l'enfant dans la matrice suce et attire, on répondra ceci : l'enfant naît ayant des matières excrémentielles dans l'intestin, et il les rend aussitôt qu'il vient au monde, les hommes comme les animaux; or, il n'aurait pas de matières excrémentielles s'il n'avait sucé dans la matrice, et, à la naissance, il ne saurait prendre tout d'abord le mamelon, si, dans l'utérus, il n'avait usé de la succion. Voilà ce qui en est du mouvement du cœur et des veines.


VII

Le poumon s'est formé à côté du cœur de cette façon : le cœur, échauffant la partie de l'humeur qui était la plus glutineuse, l'eut bientôt desséchée en forme d'écume, la fit spongieuse et la remplit de petites veines. Ces veines furent produites par ceci : tout ce qu'il y avait de froid dans le glutineux fut dissous et devint liquide ; quant au glutineux même, il devint tunique.


VIII

Le foie s'est formé ainsi : beaucoup d'humide ayant été intercepté avec le chaud sans le glutineux et le gras, le froid triompha du chaud, et l'organe se consolida. En voici une preuve : lorsqu'on tue une victime, le sang, tant qu'il est chaud, est fluide, et il se coagule quand il se refroidit. Si on l'agite , il ne se coagule pas ; car les fibres sont froides et glutineuses.


IX

La rate s'est formée ainsi avec le chaud et le glutineux, beaucoup de chaud, mais très-peu de froid, seulement ce qu'il en fallait pour coaguler le glutineux même, qui constitue les fibres de la rate. Ce sont ces fibres qui rendent la rate molle et filamenteuse. Les reins se sont formés ainsi : peu de glutineux , peu de chaud et beaucoup de froid, ce qui produisit la coagulation ; et ce viscère est devenu le plus dur et le moins rouge, à cause que beaucoup de chaud ne s'est pas réuni à sa composition. Il faut en dire autant des chairs : le froid a dressé et coagulé, faisant ainsi la chair ; le glutineux est devenu des canaux, et dans ces canaux est le liquide comme dans les grandes veines. Le chaud est répandu par tout le corps, mais dans le corps il y a le plus d'humide , et dans l'humide beaucoup de froid; il y en a autant qu'il en faut pour coaguler l'humide ; mais il est vaincu, de sorte que le chaud le dissout. On montrera que l'humide est chaud en rappelant que, si on incise le corps de l'homme où que ce soit, il en coulera du sang chaud, qui sera fluide tant qu'il conservera sa chaleur ; mais, quand le froid, tant celui qu'il possède que celui qui vient du dehors, aura agi, il se formera une peau, une membrane. Si, enlevant cette peau, vous le laissez en repos quelque temps, vous en verrez une autre se produire; et autant de fois vous l'enlèverez, autant de fois il en naîtra une autre par l'effet du froid. Je me suis étendu sur ce sujet afin de montrer que l'extérieur du corps exposé à l'air, a dû nécessairement devenir peau par l'effet du froid et des vents qui l'assaillent.


X

Les articulations se sont formées ainsi : quand les os se réunirent, les parties grasses qu'ils contenaient furent promptement consumées, comme il a été dit plus haut, mais les parties glutineuses ne purent pas l'être, et, interceptées au milieu de ce qui était brûlé et desséché, elles furent transformées par le chaud en nerfs (ligaments) et en synovie. Quant à la synovie, la partie la plus liquide du glutineux, échauffée, devint plus épaisse, tout en restant liquide, et de là provint la synovie.


XI

Les ongles ont aussi été produits par ce glutineux, car ce qu'il y a de plus humide dans le glutineux s'écoulant sans cesse des os et des articulations, va, desséché et torréfié par le chaud, former les ongles an dehors.


XII

Les dents naissent les dernières pour ceci : la croissance s'en fait par les os de la tète et les mâchoires. Ce que ces os contiennent de glutineux et de gras, séché par le chaud, se consume, et les dents deviennent plus dures que les autres os parce qu'elles ne contiennent pas de froid. Les premières dents se forment par l'alimentation du fœtus dans la matrice et par l'allaitement de l'enfant après sa naissance. Le changement de la nourriture et des boissons les fait tomber ; la chute s'en opère lorsque sept années de la première alimentation se sont écoulées ; quelquefois même auparavant, quand elles proviennent d'une mauvaise nourriture; pour la plupart, c'est à l'âge de sept ans ; celles qui leur succèdent vieillissent avec l'homme, à moins que quelque maladie ne les détruise.


XIII

Voici pourquoi les dents naissent postérieurement à tous les autres os : dans la mâchoire inférieure il y a des veines creuses; ce sont les seuls os qui reçoivent par des veines l'aliment; or les os croissent par un accroissement qui leur est semblable; et, de fait, toutes les autres parties du corps croissent par un accroissement qui leur est semblable. Les veines provenant du ventre et des intestins où se rassemblent les aliments et les boissons, y puisent, quand cela est échauffé, ce qu'il y a de plus ténu et de plus liquide; tandis que ce qu'il y a de plus épais reste et se transforme en excrément dans les intestins inférieurs. Les veines absorbent, dans le ventre et dans les intestins au-dessus du jéjunum , la partie la plus ténue des aliments échauffés qui, traversant le jéjunum, se rassemblent dans les intestins inférieurs et deviennent excrément. L'aliment, arrivé à chaque partie, y produit la forme de cette partie telle qu'elle était; car chaque chose, arrosée par l'aliment, s'accroît, le chaud, le froid, le glutineux, le gras, le doux, l'amer, les os, tout en un mot ce qui est dans le corps de l'homme. Je reviens à la raison pour laquelle les dents naissent en dernier : j'ai dit plus haut que les mâchoires, seules entre les os, renferment des veines dans leur intérieur; c'est pourquoi elles attirent plus de nourriture que les autres os. Ayant plus de nourriture et un afflux plus abondant, elles engendrent par elles-mêmes un accroissement qui est comme elles sont; et elles l'engendrent jusqu'à ce que l'homme ait crû tout entier. Il croît quand il est devenu formé, et il devient surtout formé de sept ans à quatorze ; c'est dans cet intervalle que naissent les plus grosses dents et toutes celles qui remplacent les dents de la nourriture dans la matrice. Il croît aussi jusqu'à la troisième semaine où il devient jeune homme, et jusqu'à la quatrième et à la cinquième. Dans la quatrième semaine naissent chez la plupart des hommes deux dents dites de sagesse.


XIV

Les cheveux poussent ainsi : ce sont les os et le cerveau qui les produisent, attendu qu'il n'y a pas, comme dans les nerfs, du glutineux placé à l'extérieur et du gras; car, s'il y avait des parties grasses, elles seraient consumées par le chaud. Mais peut-être on s'étonnera qu'il naisse des poils abondants aux aisselles , au pubis et sur tout le corps. Le raisonnement est le même : là ou le corps renferme du glutineux, le chaud fait germer des poils.


XV

L'homme entend de cette façon : les conduits auditifs sont attenants à un os dur et sec comme la pierre ; en outre , l'os est creusé d'une cavité fistuleuse. Les sons viennent se heurter contre ce corps dur; et l'os, qui est creux, retentit par sa dureté même. Dans 1« conduit auditif est fixée à l'os dur une membrane, ténue comme une toile d'araignée, la plus sèche de toutes les membranes. Il est beaucoup de preuves que les corps les plus durs résonnent le mieux ; or, plus les sons ont de force, mieux nous entendons. Quelques-uns qui ont écrit sur la nature ont prétendu que c'était le cerveau lui-même qui résonnait, ce qui est impossible ; car le cerveau est humide et entouré d'une membrane humide et épaisse, et autour de la membrane sont des os. Les corps liquides ne résonnent pas ; il n'y a que les corps secs ; or ce qui résonne est ce qui produit l'audition.


XVI

Le cerveau, étant humide lui-même, sent les substances sèches , attirant l'odeur avec Pair à travers des tuyaux qui sont secs. Car il s'étend dans les cavités des narines ; de ce côté , aucun os ne lui oppose une barrière ; et il n'est borné que par un cartilage mou comme une éponge, et qui n'est ni chair ni os. C'est quand les cavités des narines sont sèches qu'il perçoit avec le plus d'exactitude l'odeur des substances sèches. Il ne sent pas l'eau, car elle est plus humide que le cerveau lui-même, à moins qu'elle ne soit putréfiée ; car l'eau, ainsi que tous les autres corps, s'épaissit, en se corrompant. Mais quand les narines deviennent humides, elles perdent la faculté de sentir, le cerveau n'attirant plus l'air à lui. C'est par cette voie aussi que le cerveau, par lui-même, flue abondamment sur le palais, sur la gorge, sur le poumon et sur le ventre ; alors on reconnaît et on dit qu'il se fait un catarrhe de la tête ; il s'en fait aussi sur le reste du corps, et c'est une conversion pour le chaud.


XVII

La vision est ainsi : une veine partie de la membrane du cerveau se rend à chaque œil au travers de l'os. Par ces deux veines, ce qu'il y a de plus ténu dans le glutineux est filtré hors du cerveau, et, de cette façon, forme autour de l'œil une peau telle qu'est ce ténu même, c'est-à-dire forme le diaphane de l'œil, ce qui est exposé à l'air, ce qui reçoit le choc des vents, de la même manière que j'ai exposée pour les autres peaux. Ces tuniques, placées devant la portion voyante, sont multiples, diaphanes comme elle. Or, c'est dans ce diaphane que la lumière et toutes les choses brillantes se réfléchissent; et la vision s'opère par cette réflexion. Par ce qui n'est pas brillant et ne réfléchit pas, il n'est pas de vision. Le restant autour de l'œil est une chair blanche. La partie de l'œil dite pupille paraît noire parce qu'elle est située au fond et entourée de tuniques noires. Nous appelons tunique ce qui est dans l'œil comme une peau. Elle n'est pas noire à la vue, mais elle est incolore et diaphane. Le liquide de l'œil est glutineux, car souvent nous avons vu sortir un liquide glutineux hors d'un œil rompu ; tant qu'il est chaud, il reste fluide ; mais il devient, en se refroidissant, sec comme un morceau d'encens transparent. Il est semblable chez les hommes et les animaux. L'œil souffre par tout ce qui entre dedans, par le vent qui le frappe, par ce qui est trop brillant pour lui, par les onctions qu'on y pratique ; la raison, c'est que la surface en est humide, comme le sont la bouche, la langue et le reste du ventre.


XVIII

L'homme parle par l'air qu'il attire dans tout son corps, mais surtout dans les cavités. Poussé au dehors à travers le vide, l'air produit un son, car la tête résonne. La langue articule par ses chocs ; interceptant dans la gorge et heurtant contre le palais et les dents, elle rend les sons distincts. Si, à chaque fois , la langue n'articulait pas en heurtant, l'homme ne parlerait pas distinctement, et il n'émettrait que chacun des sons simples naturels. La preuve en est dans les sourds de naissance, qui,, ne sachant pas parler, n'émettent que les sons simples. On ne réussira pas non plus si on veut parler après une expiration. En effet, un homme qui veut faire entendre une grande voix, attire l'air extérieur, le chasse au dehors et crie fort afin que l'air résonne à l'encontre ; ensuite le son va en s'affaiblissant. Les musiciens, quand il leur faut porter la voix au loin, faisant une inspiration profonde, prolongent l'expiration et chantent fort afin que l'air résonne à l'encontre ; le son cesse quand l'air fait défaut. Tout cela montre que c'est l'air qui bruit. J'ai vu des gens qui, voulant se tuer, s'étaient coupé la gorge tout à fait; ils vivent, il est vrai, mais ne parlent pas, à moins qu'on ne réunisse la plaie ; alors ils parlent. Cela encore prouve que l'air ne peut plus être attiré dans les cavités, le larynx étant coupé ; mais il passe à travers la plaie. Telle est sans doute l'explication de la voix et de la parole.


XIX

L'âge de l'homme est de sept jours. D'abord, dès que le produit de la conception est dans la matrice, il a en sept jours toutes les parties que le corps doit avoir. On se demande peut-être comment je le sais. Je l'ai vu plusieurs fois de cette façon : Les filles publiques, qui se sont souvent exposées, allant avec un homme, connaissent quand elles ont conçu ; puis elles font mourir en elles le produit de la conception ; ce produit étant mort, ce qui tombe est comme une chair. Jetez cette chair dans de l'eau, examinez-la dans l'eau, et vous verrez qu'elle a toutes les parties, l'emplacement des yeux, les oreilles, les membres ; les doigts des mains, les jambes , les pieds et les doigts de pieds , les parties génitales , enfin tout le corps est visible. Une femme qui a de l'expérience connaît aussi quand elle a conçu; elle éprouve aussitôt du frisson, de la chaleur, des grincements de dents, des spasmes ; un engourdissement à l'articulation (le bassin), à tout le corps et à l'utérus. Les femmes qui sont pures, c'est-à-dire qui ne sont pas humides, éprouvent ces phénomènes; mais celles qui sont épaisses et pituiteuses, pour la plupart n'y connaissent rien. Au reste, je ne sais là-dessus que ce que les femmes m'ont appris. Voici encore qui montre que l'âge de l'homme est de sept jours ; restant sept jours sans manger ni boire, la plupart meurent dans ce temps; quelques-uns le dépassent, mais ils n'en meurent pas moins ; chez d'autres , à qui on persuada de ne pas se laisser mourir de faim, mais de manger et de boire, le ventre n'a plus voulu rien recevoir, le jéjunum s'était fermé durant ces sept jours, et ils succombèrent également. Autre preuve : l'enfant né au bout de sept mois naît suivant la raison des choses et vit, ayant une telle raison et un nombre exact par rapport aux semaines ; mais , des enfants nés à huit mois, aucun ne vit jamais, au lieu qu'à neuf mois et dix jours l'enfant vit et a le nombre exact pour les semaines : quatre dizaines de semaines font deux cent quatre-vingts jours ; une dizaine de semaines fait soixante-dix jours. De son côté, l'enfant né à sept mois a trois dizaines de semaines, chaque dizaine de semaines a soixante-dix jours ; ainsi trois dizaines de semaines font en tout deux cent dix jours. Semblablement, chez les hommes, les maladies les plus aiguës se jugent, rétablissement ou mort, en quatre jours, une demi-semaine; celles qui viennent en second lieu pour l'acuité, en une semaine ; en troisième lieu, dans onze jours , une semaine et une demi semaine ; en quatrième lieu, dans deux semaines ; en cinquième lieu, dans dix-huit jours, deux semaines et une demi-semaine. Les autres maladies n'ont pas de signe qui permette de juger en combien de temps elles guériront. De même les grandes plaies de la tête et du reste du corps commencent à s'enflammer le quatrième jour; et l'inflammation tombe le septième , le quatorzième, le dix-huitième. Si, le traitement étant bien dirigé, l'inflammation des grandes plaies de tète ne tombe pas dans cet intervalle, le patient succombe. Quiconque est peu au courant de ces choses s'étonnera que l'enfant vienne à sept mois ; pour moi, j'en ai été bien des fois témoin ; et, si l'on veut s'en convaincre, cela est facile; on peut s'en informer auprès des guérisseuses qui assistent les femmes en couche. Une autre preuve, c'est que les enfants prennent leurs dents à sept ans accomplis ; et, dans sept ans, il y a juste, en raison et en nombre, trente-six dizaines de semaines et une demi-dizaine, ou trois cent soixante-cinq semaines. La nécessité naturelle pour laquelle chacune de ces choses est réglée par septénaires , je l'expliquerai ailleurs.







Selon Littré.
Oeuvre numérisée par Marc Szwajcer, sur le site remacle.org
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