Faculté de l'Hostel-Dieu de Paris
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 Des plaies de tête

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Meleagre
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Masculin Messages : 871
Date d'inscription : 15/01/2013
Duché/Comté : Normandie

MessageSujet: Des plaies de tête   Mar 22 Jan - 13:56

Citation :


Citation :

I.


Les têtes des hommes ne sont nullement semblables entre elles; et les sutures de la tête n'ont pas chez tous la même disposition. Celui qui a une proéminence antérieure de la tête (j'appelle proéminence la partie arrondie de l'os qui fait saillie au delà du reste), celui-là présente les sutures du crâne disposées comme la lettre tau, Τ ; en effet la ligne la plus courte est transversale à la proéminence ; l'autre, traversant le milieu de la tête, s'étend longitudinalement jusqu'au col. Chez celui qui a la proéminence à la partie postérieure de la tête, la disposition des sutures est inverse de celle du cas précédent ; car la ligne la plus courte est transversale à la proéminence, tandis que la plus longue, traversant le milieu de la tête, s'étend dans une direction longitudinale jusqu'au front. Celui qui a une proéminence de la tête dans les deux sens, en avant et en arrière, celui-là a les sutures disposées comme la lettre êta, H ; des lignes, les deux longues sont transversales à l'une et à l'autre proéminence, la courte traverse longitudinalement le milieu de la tête, et va se terminer aux lignes longues. Celui qui n'a de proéminence ni dans un sens ni dans l'autre, celui-là a les sutures disposées comme la lettre chi, X ; des lignes, l'une va obliquement se rendre à la tempe, l'autre traverse longitudinalement le milieu de la tête. L'os est double au milieu de la tête ; les portions les plus dures et les plus denses sont la table supérieure, par où la surface osseuse est contiguë à la chair, et la table inférieure, par où la surface osseuse est contiguë à la méninge. A mesure qu'on s'éloigne des tables supérieure et inférieure, on s'avance, à partir des portions les plus dures et les plus denses, vers des portions plus molles, moins denses et plus creuses, jusqu'à ce qu'on arrive au diploé, qui est ce qu'il y a de plus creux, de plus mou, et de plus celluleux. Tout le crâne, à part une très petite partie, à savoir la table supérieure et l'inférieure, est semblable à une éponge ; et il renferme, dans son intérieur, des espèces de caroncules abondantes et humides, qui, si on les écrase entre les doigts, donnent du sang. Il y a aussi dans l'os des vénules plus ténues, plus creuses, pleines de sang. Tel est l'état du crâne pour la dureté, la mollesse, et la cellulosité.


II.

Quant au plus ou moins d'épaisseur, la région la plus mince et la plus faible de toute la tête est le sinciput ; c'est en ce point que l'os a au-dessus de lui le moins de chair et la moins épaisse, et au-dessous de lui la masse la plus considérable de l'encéphale. Aussi, d'une telle disposition il résulte que, les plaies et les instruments vulnérants étant égaux en grandeur ou moindres, et les conditions de la blessure étant semblables ou plus favorables, l'os est, en cet endroit, plus contus, plus fracturé, plus enfoncé, la lésion y est plus dangereuse, plus difficile à traiter, et laisse moins de chances d'échapper à la mort, qu'en tout autre point de la tête; et avec une plaie égale ou moindre, et des conditions semblables ou plus favorables, le blessé, dans les cas où du reste il doit succomber, meurt d'une blessure siégeant en cette région, plus tôt que d'une blessure siégeant ailleurs. Car le sinciput est le lieu où le cerveau se ressent le plus vite et le plus fortement des lésions qu'ont reçues la chair et le crâne, puisque c'est là que l'os est le plus mince, et la masse encéphalique la plus considérable. La région qui est ensuite la plus faible est celle des tempes; là se trouve la jonction, avec le crâne, de la mâchoire inférieure, qui y jouit d'un mouvement en haut et en bas comme une articulation ; là aussi l'ouïe est dans le voisinage, et d'un bout à l'autre de la région temporale s'étend une veine creuse et forte. La solidité est plus grande dans toute la portion située en arrière du sinciput et des oreilles, que dans toute la portion antérieure ; plus de chair et une chair plus épaisse y recouvre l'os. Aussi d'une telle disposition il résulte que, les plaies et les instruments vulnérants étant égaux et semblables ou plus grands, et les conditions de la blessure étant semblables ou plus défavorables, l'os, en cet endroit, est moins fracturé et moins contus ; et, si du reste le blessé doit succomber à sa blessure, celui qui l'a reçue à la partie postérieure de la tête, mourra dans un plus long intervalle de temps; car plus de temps est nécessaire pour que le pus remplisse l'os et pénètre en bas jusqu'au cerveau à cause de l'épaisseur ; une moindre masse de cerveau y est sous-jacente ; et généralement, dans les blessures de la région postérieure, un plus grand nombre échappent à la mort que dans les blessures de la partie antérieure. En hiver aussi, le blessé, si du reste il doit succomber à sa blessure, vit plus longtemps qu'en été, quelle que soit la région où il ait reçu le coup.


III.


Quant aux hédras des armes aiguës et légères, lorsqu'elles sont seules dans l'os, sans fissure, contusion ni enfoncement ( et elles se font aussi bien dans le devant que dans le derrière de la tête), la mort n'en est pas le résultat naturel, même quand elle survient. Une suture se montrant dans une plaie où l'os est dénudé, quelle que soit la région où la plaie siège, la résistance à la blessure et à l'instrument vulnérant est au minimum si l'arme s'est fixée dans la suture même, surtout si, le coup ayant été porté au sinciput, endroit le plus faible de la tête, et les sutures se trouvant dans le voisinage de la plaie, l'instrument vulnérant les a atteintes elles-mêmes.


IV.


Le crâne peut être lésé d'après les modes suivants, chaque mode de lésion produite par le coup comprenant plusieurs espèces : l'os lésé se rompt, et nécessairement, s'il y a fracture, il y a contusion dans les portions avoisinantes; car tout instrument vulnérant qui produit la rupture du crâne, contond en même temps Vos plus ou moins, et dans le point fracturé, et dans les portions qui a voisinent la fracture. C'est là le premier mode. Les espèces en sont très diverses. Tantôt les fractures sont étroites et très étroites, au point que quelques-unes ne sont visibles ni immédiatement après la blessure, ni dans les jours où il serait le plus utile pour le blessé qu'elles le fussent ; tantôt elles ont plus d'écartement et de largeur ; quelques-unes en ont beaucoup. Les unes s'étendent davantage en longueur, les autres sont plus courtes. Les unes sont droites et très droites, les autres sont tortueuses et très tortueuses. Les unes sont profondes et comprennent toute l'épaisseur de l'os ; les autres sont moins profondes et ne le traversent pas tout entier.

V.


L'os peut être contus, tout en conservant la continuité, et sans qu'aucune fissure se joigne à la contusion ; c'est là le second mode. Les espèces en sont multiples. En effet, la contusion est plus ou moins forte ; elle est profonde et traverse l'os dans toute son épaisseur ; elle est moins profonde et ne Je traverse pas tout entier ; elle s'étend plus ou moins en longueur et en largeur. Mais pour aucune de ces espèces il n'est possible de reconnaître par la vue, ni quelle en peut être la forme, ni quelle en peut être la grandeur, car, dans les cas où l'os est contus et la lésion produite, la vue est incapable de discerner, aussitôt après le coup reçu, s'il y a ou s'il n'y a pas contusion, pas plus qu'elle ne discerne certaines fractures situées loin de la plaie.


VI.


L'os, étant rompu, peut perdre sa position naturelle, et s'enfoncer en même temps qu'il se fracture ; car autrement il ne s'enfoncerait pas. La portion que le coup a rompue et détachée s'enfonce en dedans, tandis que le reste de l'os demeure dans sa position naturelle. De la sorte, la fracture est jointe à renfoncement. C'est là le troisième mode. Les espèces en sont nombreuses ; car l'os est enfoncé dans une plus ou moins grande étendue ; il l'est davantage et à une plus grande profondeur ; il l'est moins et il reste plus superficiel.


VII.

Une hédra ayant été faite dans l'os par l'instrument vulnérant, il peut s'y joindre une fracture ; et, dès lors qu'il y a une fracture, il y a nécessairement une contusion plus ou moins forte, et dans le point où se trouvent l'hédra et la fracture, et dans la portion d'os qui avoisine cette double lésion. C'est là le quatrième mode. Il peut arriver qu'il y ait hédra avec contusion de l'os, mais sans qu'aucune fracture complique l'hédra et la contusion produites par l'instrument vulnérant. Enfin il y a hédra de l'instrument vulnérant dans l'os ; on dit qu'il y a hédra, quand l'os conservant sa position naturelle, l'instrument vulnérant en s'enfonçant dans le crâne a marqué l'endroit où il s'est enfoncée Chaque genre d'hédra renferme plusieurs espèces. Quant à la contusion et à la fracture, soit que toutes deux compliquent l'hédra, soit que la contusion seule la complique, il a déjà été remarqué qu'il existe plusieurs espèces tant de la contusion que de la fracture ; mais l'hédra, considérée en elle-même, est ou plus longue, ou plus courte, ou plus tortueuse, ou plus droite, ou arrondie, présentant beaucoup d'autres variétés de ce genre suivant la forme de l'instrument vulnérant; elle pénètre aussi plus ou moins profondément, dans l'os, elle est étroite ou large, ou très large. L'entaille que fait un instrument vulnérant, quelles qu'en soient la longueur et la largeur dans l'os, est une hédra, si le reste dé l'os avoisinant conserve sa position naturelle, et n'est pas détaché et enfoncé en dedans par l'entaille; car alors il y aurait enfoncement, et non plus hédra.


VIII.


L'os peut être lésé en un autre point que celui où le blessé a la plaie et où le crâne a été dénudé de la chair. C'est là le cinquième mode. Cet accident, quand il arrive, n'est susceptible d'aucun secours ; car, dans le cas même où cette lésion existe, il n'est possible de reconnaître par aucune recherche ni si le blessé a éprouvé cet accident, ni en quel point du crâne.


IX.


Parmi ces modes de lésion, ceux auxquels le trépan s'applique, sont : la contusion, soit non apparente, soit visible, et la fracture, soit non apparente, soit apparente. De même encore, si, une hédra ayant été produite dans l'os par l'instrument vulnérant, il s'y joint fracture et contusion, ou contusion seulement sans fracture, ce cas réclame le trépan. Mais, quand l'os, arraché de sa position naturelle, est enfoncé, peu dans le nombre de ces cas réclament le trépan, et plus les os sont enfoncés et rompus, moins le trépan est nécessaire. L'hédra, prise en elle-même, sans fracture ni contusion, n'a pas, non plus, besoin de cette opération, ni l'entaille, non plus, si elle est grande et large ; car l'entaille et l'hédra sont la même chose.


X.


D'abord il faut examiner le blessé, voir en quel point de la tête est la blessure, si elle est dans les parties les plus fortes ou dans les parties les plus faibles, et considérer comment sont les cheveux autour de la plaie, si l'instrument vulnérant les a coupés, et s'ils sont entrés dans la plaie. Dans le cas où il en sera ainsi, on dira que l'os court risque d'avoir été dénudé de la chair et d'avoir éprouvé quelque lésion par l'instrument vulnérant. Ces observations, on les fera à distance, et on les énoncera sans toucher le blessé ; puis, portant la main sur lui, on essaiera de reconnaître positivement si l'os est ou non dénudé de la chair. L'os est-il accessible à la vue, cela est facile ; sinon, on fera des recherches avec la sonde. Trouve-t-on l'os dénudé, de la chair et lésé par le coup, on diagnostiquera d'abord l'état de l'os, en examinant et quelle est la grandeur du mal, et quelle opération il exige. On demandera aussi au blessé, de quel instrument il a reçu la blessure et de quelle façon. Dans le cas où l'on ne discernerait pas si l'os a ou n'a pas souffert, à plus forte raison, interrogera-t-on le malade, le crâne étant dénudé, pour savoir par quel instrument s'est laite la blessure, et de quelle façon ; car, lorsqu'il s'agit de contusions et de fractures qui ne paraissent pas dans l'os, mais qui existent cependant, c'est par la réponse du blessé qu'on essaie d'abord de diagnostiquer si l'os a ou n'a pas éprouvé quelqu'une de ces lésions. Puis on en viendra aux preuves de raisonnement et de fait, excepté l'emploi de la sonde ; la sonde en effet n'apprend pas si l'os a subi quelqu'un de ces accidents, et s'il porte en lui quelque atteinte, ou s'il n'a pas souffert, mais elle enseigne si l'instrument vulnérant a produit une hédra, comme elle enseigne si l'os détaché de sa position, naturelle a été enfoncé, et s'il a été violemment fracturé, désordres qui d'ailleurs sont reconnaissables à la vue d'une manière manifeste.


XI.

Les fractures apparentes et non apparentes, les contusions apparentes et non apparentes, les enfoncements de l'os déplacé de sa position, se produisent surtout quand un individu étant blessé par un autre, la blessure est faite à dessein, ou quand, porté exprès ou involontairement, le coup, qu'il soit de main ou de jet, arrive d'un lieu élevé, ou quand, porté de plain pied, il l'est par un homme tout à fait maître de l'instrument vulnérant qu'il manie, et frappant soit de main, soit de jet, ou quand un plus fort en blesse un plus faible. Si c'est dans une chute que les parties voisines et l'os lui-même sont lésés, plus on tombe de haut et sur un corps dur et obtus, plus il y a danger que le crâne soit fracturé, ou contus, ou enfoncé; celui qui tombe sur un terrain moins inégal et sur un corps plus mou, éprouve de moins graves lésions ou n'en éprouve pas du tout. Si c'est l'instrument vulnérant qui, tombant sur la tête, blesse les parties voisines et l'os lui-même, c'est l'instrument tombant du plus haut et non de plain-pied, l'instrument le plus dur, le plus obtus, le plus pesant, le moins léger, le moins aigu, le moins mou, qui fracturera l'os et le contondra. Ces accidents sont surtout à craindre pour le crâne, quand, dans ces sortes de blessures, le coup est direct et que l'os a été frappé perpendiculairement, soit que l'instrument vulnérant ait été tenu à la main, soit qu'il ait été lancé, soit qu'il soit tombé sur la tête, soit que le patient se soit blessé lui-même en tombant, quel que soit en un mot le mode de la blessure, pourvu que l'instrument vulnérant ait agi perpendiculairement sur l'os. Au contraire, les instruments vulnérants qui effleurent l'os obliquement, sont moins aptes à fracturer, à contondre, à enfoncer l'os, quand même ils le dénuderaient; car quelques-unes des blessures opérées ainsi, ne mettent pas même l'os à nu. Quant à la nature des instruments vulnérants, ceux qui produisent surtout, soit les fractures apparentes et non apparentes, soit les contusions, soit les enfoncements de l'os hors de sa position naturelle, sont les instruments ronds, en forme de boule, mousses, obtus, et étant en même temps lourds et durs ; ils contondent les chairs, ils les meurtrissent, ils les broient. Les plaies qui résultent de cette espèce d'instruments, soit allongées, soit arrondies, deviennent creuses, elles suppurent davantage, elles sont humides, et elles mettent plus de temps à se modifier; car il faut que les chairs contuses et broyées deviennent du pus et se fondent. Les instruments vulnérants, allongés, étant généralement minces, aigus et légers, coupent les chairs plus qu'ils ne les contondent ; il en est de même pour l'os ; ils y font, il est vrai, une hédra par leur tranchant ( l'entaille et l'hédra, c'est la même chose), mais ils ne sont guère propres à le contondre, à le fracturer ou à l'enfoncer. Outre l'examen que vous ferez par vous-même, quelque aspect que vous présente l'os, vous vous informerez de toutes ces circonstances ( car ce sont autant de signes du plus ou moins de gravité de la blessure), comme vous vous informerez si le blessé a été étourdi par le coup, si des ténèbres se sont répandues autour de lui, s'il a été pris de vertiges, s'il est tombé.


XII.


Quand l'os se trouve être dépouillé de la chair par l'instrument vulnérant, et la plaie occuper la région même des sutures, il est difficile de discerner l'hédra, laquelle serait visible dans le reste de l'os, et de savoir si elle existe dans l'os, ou si elle n'y existe pas, surtout dans le cas où les sutures elles-mêmes en seraient le siège. Car la suture, étant plus inégale que le reste de l'os, trompe la vue, et l'on ne distingue plus ce qui est de la suture, et ce qui est de l'hédra, à moins que celle-ci ne soit très grande. Il se joint le plus souvent une fracture à l'hédra qui siège dans les sutures, et dès lors la fracture elle-même devient, dans l'os qui est fracturé, plus difficile à reconnaître, par cela que la suture, dans la plupart des cas, est précisément le siège de la fracture, quand il y a fracture. En effet, l'os est là disposé à se rompre et à se disjoindre, à cause de la faiblesse et de la laxité de sa constitution en ce point, et aussi a cause que la disposition à se rompre et à se disjoindre existe dans la suture. Le reste de l'os a voisinant la suture demeure sans solution de continuité, parce qu'il est plus solide que la suture. La fracture qui se fait dans la suture est aussi une disjonction, et elle n'est facile à discerner ni quand l'hédra produite dans la suture par l'instrument vulnérant a rompu et disjoint l'os, ni quand cette disjonction est le résultat d'une contusion reçue dans les sutures ; mais la fracture effet de la contusion est encore plus difficile à reconnaître. Le jugement et la vue du médecin sont trompés par ces sutures qui offrent l'aspect d'une fracture et qui sont plus inégales que le reste de l'os? à moins que l'entaille et la disjonction ne soient considérables ; rappelez-vous que l'entaille et l'hédra sont la même chose. Si le coup est dans la région des sutures, et si l'instrument vulnérant a porté sur l'os et dans l'os, il faut, appliquant son attention, découvrir quelle lésion le crâne a soufferte. Car, les instruments vulnérants étant égaux en grandeur et semblables ou même beaucoup plus petits, la blessure étant semblable ou même beaucoup moindre, l'os a éprouvé une lésion bien plus considérable chez celui qui a reçu le coup dans les sutures, que chez celui qui ne l'y a pas reçu. La plupart de ces cas exigent le trépan ; mais il ne faut pas l'appliquer sur les sutures mêmes; on s'en écartera, pour faire, dans la portion avoisinante, l'opération, si on la fait.


XIII.


Quant au traitement des plaies de la tête et au moyen de découvrir les lésions qu'a éprouvées l'os et qui ne sont pas apparentes, voici quel est mon sentiment : une plaie de tête ne doit être humectée avec quoi que ce soit, pas même avec du vin, mais il faut s'abstenir de l'application de tout liquide. On n'y emploiera pas les cataplasmes, on ne fera pas la cure avec les tentes, on n'usera pas de bandages, à moins que la plaie n'ait son siège au front, dans la région dégarnie de cheveux, ou dans les environs du sourcil et de l'œil. Les plaies qui occupent ces régions ont plus besoin de l'application de cataplasmes et de bandages que les plaies de tout autre endroit de la tête. Le reste de la tête environne, en effet, tout le front ; et c'est des parties environnantes que les plaies, quel qu'en soit le siège, tirent l'inflammation et le gonflement par l'afflux du sang. Il ne faut pas cependant, même dans les plaies du front, appliquer constamment des cataplasmes et des bandages ; mais, lorsque la phlegmasie a cessé et que la tuméfaction est tombée, on cesse l'application de ces moyens. Quant aux plaies du reste de la tête, on n'y mettra ni tentes, ni cataplasmes, ni bandages, à moins que l'incision n'en soit nécessaire. On incisera, parmi les plaies de la tête et celles du front (l'os étant dénudé et paraissant avoir éprouvé quelque mal par l'effet de l'instrument vulnérant), les plaies qui ne sont ni assez longues ni assez larges pour permettre de discerner si l'os a souffert, ce qu'il a souffert, jusqu'à quel point les chairs sont contuses et les os lésés, et réciproquement si l'os est intact et s'il n'a rien souffert de l'instrument vulnérant, enfin, quant au traitement, quel est celui qu'exigent et la plaie et les chairs et la lésion de l'os. Telles sont les plaies qui réclament l'incision. Et si, l'os étant dénudé de la chair, la plaie est très creuse et allongée, on en incisera le fond là où le médicament, quel que soit celui qu'on emploie, n'arrive pas facilement. Les plaies arrondies et très creuses, et autres de ce genre, seront incisées eu deux pointe opposés de la circonférence, proportionnellement à la taille de l'homme, et seront rendues longues. Dans les incisions pratiquées sur la tête, tandis que les autres endroits peuvent être incisés en sûreté, la tempe et la portion au-dessus de la tempe, le long de la veine qui traverse cette région, sont des lieux qu'il ne faut pas inciser ; car les convulsions saisissent l'opéré; si l'incision a été faite à gauche, les convulsions s'établissent à droite ; si l'incision a été faite à droite, les convulsions s'établissent à gauche.


XIV.


Quand on incite une plaie de la tête à cause de la dénudation des os, dans le désir de voir s'ils ont souffert quelque lésion par l'effet de l'instrument vulnérant ou s'ils n'ont rien souffert, il faut pratiquer l'incision aussi grande qu'on la jugera suffisante. En la faisant, on détachera la chair de l'os, là où elle est unie au péricrâne et au crâne ; ensuite on remplira toute la plaie d'une tente qui, pour le lendemain, la rende la plus large possible avec le moins de douleur. La tente mise, on tiendra, sur la plaie, aussi longtemps que la tente, un cataplasme composé de pâte de fine farine, d'orge, qu'on pétrira dans du vinaigre, ou qu'on fera cuire et qu'on rendra aussi gluante que possible. Le lendemain, ayant ôté la tente pour examiner ce que l'os a éprouvé, dans le cas où vous ne découvrirez pas quel genre de lésion y existe, et même s'il est ou non lésé en quelque chose, supposant néanmoins que l'instrument vulnérant est arrivé jusqu'à l'os et l'a blessé, vous le ruginerez avec la rugine dans une profondeur et une longueur proportionnées à la conformation de l'homme, et derechef transversalement, à cause des fractures non apparentes, et de la contusion non apparente qui laisse les os à leur place et ne les enfonce pas. Car la rugine est très bonne pour révéler le mal, quand d'ailleurs l'existence de ces lésions dans l'os n'est pas manifeste. De plus, si vous y voyez l'hédra faite par l'instrument vulnérant, il faut la ruginer, elle-même et l'os a voisinant, de peur, ce qui arrive souvent, que l'hédra ne soit compliquée de fracture et de contusion, ou de contusion seulement, et que ces lésions n'échappent, n'étant pas apparentes. Après avoir ruginé avec la rugine, si vous jugez que le trépan est exigé par la lésion de l'os, vous l'appliquerez ; vous ne laisserez point passer les trois jours sans pratiquer cette opération, mais vous y aurez recours dans cet intervalle, surtout pendant les chaleurs, si vous prenez le traitement du blessé dès le commencement. Dans le cas où vous soupçonnerez une fracture, ou une contusion, ou l'une et l'autre, en apprenant par les discours du blessé, que le coup a été violent, que celui qui Ta porté, si la blessure est le fait d'un autre, est vigoureux, que l'instrument vulnérant est du genre des armes dangereuses, de plus, que le blessé a été saisi de vertige, de ténèbres, d'étourdissement, et qu'il est tombé, dans ce cas, disons-nous, si vous ne reconnaissez pas que l'os ait été ou fracturé, ou contus, ou fracturé et contus, et que malgré vos efforts vous ne puissiez rien voir, il faut, versant sur l'os la substance soluble la plus noire, oindre la plaie avec le médicament noir, qui est soluble ; après quoi, on placera un linge humecté d'huile ; ensuite on appliquera un cataplasme de pâte d'orge, et le bandage. Le lendemain, on lèvera l'appareil, on nettoiera la plaie, et l'on ruginera. Si, au lieu d'être intact, l'os est fracturé et contus, toute la partie saine restera blanche sous la rugine; mais la fracture et la contusion, ayant été pénétrées par le médicament qui s'est fondu et qui est noir, présenteront une couleur noire au milieu du reste de l'os, qui sera blanc. Derechef on ruginera en profondeur cette fracture qui se montre noire ; et, si la rugine l'enlève et la fait disparaître, vous avez à faire à une contusion plus ou moins forte de l'os, laquelle avait en même temps produit la fissure que .la rugine a effacée. Mais la fracture même qui s'enlève ainsi, excitera moins de crainte et causera moins d'embarras. Si au contraire elle s'étend en profondeur et ne veut pas s'effacer sous la rugine ; un tel accident réclame le trépan. Après l'opération, on traitera la plaie pour le reste.


XV.


Il faut prendre garde que l'os ne contracte quelque altération par les chairs, si elles sont soumises à un mauvais traitement. En effet, un os trépané ou dénudé d'autre façon, sain ou paraissant l'être, tout en ayant éprouvé quelque mal de l'instrument vulnérant, court davantage le risque (lors, même qu'il n'aurait pas dû suppurer ) d'être envahi par la suppuration, si les chairs voisines, traitées malhabilement, s'enflamment et s'étranglent; car il devient fébrile, et se remplit de beaucoup d'inflammation. Dans cet état, l'os attire, des chairs environnantes, la chaleur, la phlegmasie, l'agitation, le battement et lés lésions, quelles qu'elles soient, qui sont dans les chairs, et c'est ainsi qu'en résulte la suppuration de l'os. Il est mauvais aussi que les chairs de la plaie soient humides et fongueuses, et mettent beaucoup de temps à se mondifier ; mais il faut faire traverser à la plaie aussi rapidement que possible la période de suppuration; de la sorte, les parties environnantes éprouvent le moins d'inflammation, et se mondifient le plus vite; car nécessairement les chairs coupées et contuses par l'instrument vulnérant, deviennent purulentes et se fondent. La plaie s'étant mondifiée, il faut qu'elle devienne plus sèche ; c'est de cette façon qu'elle guérira le plus promptement, par le bourgeonnement de chairs sèches et exemptes d'humidité, sans se couvrir d'une exubérance de carnosités. Il en est de même pour la membrane qui enveloppe l'encéphale ; en effet, si, achevant immédiatement la section de l'os, vous enlevez la pièce osseuse et mettez la méninge à nu, il faut la mondifier et la dessécher aussitôt que possible, afin qu'elle ne reste pas humide assez longtemps pour devenir fongueuse et se gonfler ; cela arrivant, il serait à craindre qu'elle ne tombât en pourriture.


XVI.


Une portion d'os qui doit se séparer du reste à la suite d'une plaie de tête, et d'une hédra produite par l'instrument vulnérant, ou d'une dénudation considérable quelconque, se séparé généralement en devenant exsangue. Le sang en effet est expulsé hors de l'os par la dessiccation, effet du temps et de la plupart des remèdes. La séparation sera d'autant plus prompte, que, mondifiant la plaie le plus tôt possible, on la desséchera d'ailleurs, elle et la portion d'os, petite ou grande. En effet, la portion d'os le plus tôt réduite à l'état de siccité et d'écaillé, se sépare le mieux par cela même du reste de l'os, qui conserve le sang et la vie, et, devenue exsangue et sèche, elle pèse grandement sur l'os plein de sang et vivant.


XVII.


Dans les cas d'enfoncement, les os fracturés ou entaillés très largement, font courir moins de dangers, lorsque la méninge est intacte. .Plus les fractures sont nombreuses et larges, moins le péril est grand et plus il est facile d'extraire les fragments. Il ne faut trépaner dans aucun de ces cas, ni se risquer à faire des essais d'extraction ayant que les fragments ne se relèvent spontanément après le relâchement préalable de la tuméfaction. Ils se relèvent, quand les chairs croissent par-dessous; or, les chairs croissent et du diploé et de la portion saine, si la table supérieure de l'os est la seule qui soit frappée de mortification. Ainsi, les chairs croîtront et bourgeonneront ; et les os se relèveront d'autant plus vite qu'on se hâtera plus de faire passer la plaie par la suppuration et de la mondifier. Et si l'os tout entier, avec ses deux tables, supérieure et inférieure, a été enfoncé dans la méninge, c'est encore par le même traitement que la plaie sera le plus tôt guérie et que s'y élèveront le plus tôt les os qui ont été enfoncés.


XVIII.


Chez les enfants, les os sont plus minces et plus mous, parce qu'ils ont plus de sang ; ils sont creux et celluleux, sans densité ni solidité. Avec des instruments vulnérants égaux ou plus faibles, avec des plaies égales ou moindres, l'os du jeune enfant suppure plus et dans un temps moindre que celui de l'adulte ; et, quand d'ailleurs la mort doit être le résultat de la blessure, le plus jeune succombe plus rapidement que le plus âgé. Si l'os a été dénudé, il faut appliquer son intelligence à essayer de discerner ce qui n'est pas apparent aux yeux, et à reconnaître si l'os est fracturé et contus, ou seulement contus, et si, l'instrument vulnérant ayant produit une hédra, il s'y joint contusion ou fracture, ou contusion et fracture à la fois. Dans le cas où l'os aura éprouvé quelqu'une de ces lésions, on donnera issue à du sang en perçant l'os avec un petit trépan perforatif; il y faut quelque précaution; car chez tes jeunes sujets l'os est plus mince et plus superficiel que chez les sujets plus âgés.


XIX.

Un blessé devant succomber à une plaie de tête, sans qu'il soit possible de le guérir et de le sauver, c'est par les signes suivants que l'on connaîtra celui qui est destiné à mourir, et que l'on prédira ce qui doit arriver. Voici ce que le blessé éprouve : quand un médecin, n'ayant pas reconnu dans un os une fracture ou une fissure, ou une contusion, ou une lésion quelconque, se trompe, omet de ruginer et de trépaner dans un cas où cela serait nécessaire, et laisse aller le malade comme si le crâne était sain, la fièvre se déclarera généralement avant le laps de quatorze jours en hiver, et dans l'été avant celui de sept jours. La fièvre étant établie, la plaie se décolore ; il s'en écoule un peu d'humeur ténue i l'inflammation y meurt ; la plaie devient visqueuse, elle prend l'apparence de la salaison, ayant une couleur rouge, un peu livide. Dès lors l'os commence à se mortifier ; il devient noirâtre, de blanc qu'il était, et il finit par avoir une teinte jaunâtre ou blanchâtre. Lorsque déjà il est en suppuration, des phlyctènes se forment sur la langue, et le patient meurt dans le délire. Des convulsions s'emparent, chez la plupart, d'un des cotés du corps; si la plaie est du côté gauche de la tète, c'est le côté droit du corps que les convulsions saisissent ; si la plaie est du côté droit de la tête, c'est le côté gauche du corps. Quelques-uns même tombent dans un état d apoplexie. De la sorte, la mort survient avant sept jours en été, ou avant quatorze en hiver. La signification de ces signes est la même, que la blessure soit chez un individu plus âgé ou chez un plus jeune. Il faut, dès que vous reconnaissez l'invasion de la fièvre et l'accession de quelqu'un des autres signes, ne pas perdre de temps, mais trépaner l'os jusqu'à la méninge ou le ruginer avec la rugine ( il est alors facile à trépaner et à ruginer), puis du reste traiter le malade suivant ce que l'on jugera convenir d'après les occurrences.


XX.

Quand, dans Aie plaie de tête, l'individu ayant été trépané ou non, mais l'os étant dénudé, il se forme une tuméfaction rouge et érysipélateuse à la face, aux deux yeux, ou à un seul ; si l'attouchement en est douloureux ; s'il survient de la fièvre et du frisson ; si cependant la plaie a une belle apparence tant du côté des chairs que du côté de l'os ; si les parties avoisinant la plaie sont en bon état sauf le gonflement qui est dans le visage, el qu'à la tuméfaction ne soit jointe aucune erreur dans le reste du régime, on nettoiera les voies inférieures avec un purgatif qui évacue la bile ; après cette purgation, la fièvre cède, le gonflement tombe, et la santé se rétablit. Dans l'administration du purgatif, il faut avoir égard à ce que sont les forces du blessé.


XXI.

Quant à la trépanation, lorsqu'il est nécessaire d'y recourir, voici ce qu'il faut savoir : Si, ayant pris le traitement dès le commencement, vous pratiquez cette opération, vous ne scierez pas tout d'abord l'os jusqu'à la méninge ; car il n'est pas avantageux que cette membrane soit longtemps dégarnie de l'os et en état de souffrance, il se pourrait que finalement elle devînt fongueuse. Il y a encore un autre danger à enlever tout d'abord l'os scié jusqu'à la méninge, le danger de blesser la membrane pendant la section. Ce qu'il faut faire, c'est, quand il s'en manque de peu que la section ne soit complète, et quand l'os est déjà ébranlé, de cesser l'opération, et de laisser la pièce osseuse se détacher spontanément. Car scier un os sans en achever complètement la section, ne pourrait causer aucun mal; ce qui est laissé est désormais mince suffisamment. Du reste le traitement sera comme il conviendra à la plaie. Dans l'opération, on retirera fréquemment le trépan à cause de réchauffement qu'en reçoit l'os, et on le plongera dans de l'eau froide ; car le trépan, échauffé par sa révolution, échauffant et desséchant Pos, le brûle, et détermine, dans les parties osseuses avoisinant la section, une nécrose plus grande qu'elle ne sera sans cela. Dans le cas où vous voudriez scier immédiatement l'os jusqu'à la méninge, puis enlever la pièce, il faudra également et retirer à plusieurs reprises le trépan, et le plonger dans de l'eau froide. Si; au contraire, au lieu de prendre le traitement dès le commencement, vous le recevez d'un autre, étant ainsi en retard dans la cure, il faut scier aussitôt, avec un trépan aiguisé, l'os jusqu'à la méninge; mais retirer fréquemment l'instrument pour examiner, tant autrement que par la sonde, tout le pourtour de la voie ; car la section est beaucoup plus prompte, quand l'os que l'on coupe est en état ou en travail de suppuration ; et souvent il se trouve aminci, surtout si la blessure occupe un point de la tête où le crâne est plus mince qu'épais. Il faut encore vous garder d'aucune inadvertance dans l'application du trépan ; c'est là où l'os paraît être le plus épais, qu'il faut toujours fixer l'instrument, y regardant souvent, et essayant d'ébranler la pièce osseuse et de la faire sauter. Une fois qu'elle aura été enlevée, le traitement sera du reste comme il conviendra à la plaie. Que si, ayant pris le traitement dès le commencement, vous voulez scier l'os jusqu'au bout et le détacher de la méninge, il faut également et examiner à diverses reprises avec la sonde la voie du trépan, et appliquer toujours l'instrument sur le point où le crâne est le plus épais, et ébranler la pièce osseuse pour l'enlever. Si vous employez le trépan perforatif, vous n'arriverez pas jusqu'à la méninge dans le cas où vous trépaneriez ayant pris le traitement dès le commencement, mais vous laisseriez une lame mince de l'os, comme il a été dit dans l'opération avec le trépan à couronne.





Selon Daremberg et Ruelle.
Oeuvre numérisée par Marc Szwajcer, sur le site remacle.org
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Des plaies de tête
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