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 Le Livre des Pierres

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Meleagre
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Meleagre

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MessageSujet: Le Livre des Pierres   Le Livre des Pierres EmptySam 19 Jan - 15:33

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Le Livre des Pierres Le_liv10

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Des corps qui se forment dans la terre, les uns tirent leur origine de l'eau, les autres de la terre.

De l'eau viennent les métaux, comme l'or, l'argent, etc. ; de la terre, la pierre commune et celles qui sont plus nobles, ainsi que les diverses espèces de la terre même, différant par la couleur, la douceur, la densité ou par quelque autre propriété.

Nous avons passé en revue dans un autre traité ce qui touche aux métaux : maintenant parlons des pierres.
Il faut croire, pour parler simplement, que tous ces corps sont formés d'une matière pure et homogène, soit par écoulement, soit par filtration, soit, comme il est dit plus haut, par séparation : car il est facile de comprendre que les choses peuvent se passer tantôt comme ceci, tantôt comme cela, tantôt d'une autre manière.

C'est de là, dis-je, que ces corps tirent leur douceur, leur densité, leur éclat, leur transparence, etc. ; et chacun d'eux est d'autant plus homogène et plus pur, que ces qualités sont plus grandes dans la matière première. En somme, plus la matière de la concrétion comprendra de qualités, plus chacune d'elles se retrouvera dans la matière même du corps composé.

La concrétion est produite dans certains cas par la chaleur, dans d'autres par le froid. Rien ne s'oppose cependant à ce que certaines espèces de pierres se forment sous l'influence de ces deux causes, quoiqu'il semble que toutes les choses de la terre viennent du feu, puisqu'en résumé la concrétion et la liquéfaction sont opposées.
Nombreuses sont les propriétés qui se rencontrent dans les pierres : car dans la terre, les écoulements différents donnent naissance à la couleur, au moelleux, à la douceur, à la densité et à tout ce qui a rapport à ces qualités ; pour les autres, elles sont rares.
Telles sont les propriétés des pierres, en outre de celles qui dépendent de leurs propriétés d'agir, d'être soumises ou non aux influences étrangères : car les unes sont solubles, les autres insolubles, certaines peuvent être cuites, d'aucunes ne peuvent l'être, ainsi que les autres substances similaires : et dans la calcination et dans la combustion il y a même de nombreuses différences.

On dit que certaines pierres ont le pouvoir de donner à l'eau leur couleur, comme l'émeraude (σμάραγδος), d'autres, de pétrifier tout ce que l'on met en elles : il y en a qui ont une vertu attractive, qui peuvent éprouver l'argent, comme celle qu'on appelle pierre d'Héraclée (Ηράκλεια) ou Lydienne (ἡ Λυδή).

La propriété la plus étonnante et la plus grande, si elle est vraie, est de faire accoucher.
La propriété la plus connue est chez la plupart leur aptitude à être travaillées. Les unes peuvent être gravées, les autres tournées, d'aucunes sciées ; tandis qu'il y en a certaines que le fer ne peut pas attaquer, et d'autres mal et difficilement.

En outre, il y a d'autres différences dans ces qualités particulières : parmi lesquelles, entre autres choses remarquables, il faut signaler la coloration, la dureté, la tendreté, la douceur, etc.
Et pour quelques-unes, elles se rencontrent dans un pays entier, d'où alors les carrières tirent leur nom, Paros, Pentelé, Chio, Thèbes.
C'est ainsi que l'albâtre (ἀλαβάστρινης) vient de Thèbes, en Egypte, où il est préparé en grands morceaux : là aussi est la pierre appelée chernite (χερνίτης), semblable à l'ivoire; on dit que c'est dans un sarcophage de cette pierre que repose Darius : on y trouve aussi le porus (πῶρος), qui pour la couleur et la dureté ressemble au marbre de Paros, mais a la légèreté du tuf (πώρου); c'est pour cela que dans leurs demeures les plus soignées les Égyptiens s'en servent comme cloisons.

On trouve aussi là une large pierre transparente qui ressemble au marbre de Chio, et dans d'autres lieux on en rencontre bien d'autres. Telles sont, en général, les différences les plus communes.

Quant à celles qui proviennent des causes mentionnées plus haut, elles ne se rencontrent plus chez toutes, ni chez celles qui sont par couches, ou par masses; quelques-unes en effet, sont très rares et petites, telles l'émeraude, (σμάραγδος), la cornaline (σάρδιον), l'escarboucle (ἄνθραξ), le saphir (σάπφειρος) et en un mot celles qu'on peut graver en cachets. On ne les trouve, par exemple, que dans des roches qu'il faut briser.

Peu nombreuses sont les pierres qui subissent l'action du feu et peuvent arriver à la calcination. Nous parlerons donc d'abord des différences qui existent entre elles et de leur nombre. Sous l'action du feu les unes fondent et coulent, comme les métaux : en effet, la pierre de cette espèce coule comme l'argent, le cuivre ou le fer, soit par l'humidité de ces métaux qui en sont le principe, soit par leur propre nature : ainsi sont les pyromaques (πυρόμαχοι) et les pierres molaires (μωλίαι) qui coulent dans le fourneau avec les métaux auxquels elles sont attachées.

Il y a des auteurs qui affirment formellement que toutes les pierres fondent, à l'exception du marbre (μαρμάρου). Celui-ci, en effet, cuit complètement et devient de la chaux (κονίαν). Il semblerait que ceci s'applique uniquement au plus grand nombre.
Nombreuses sont celles qui se brisent et jaillissent en éclats, comme ne pouvant résister à l'action du feu, ce que ne fait jamais l'argile (κέραμος) ; la chose est conforme à la raison : elles sont complètement sèches. Or, ce qui est fusible est toujours humide et possède un excès d'humidité. On dit que, des pierres qui sont exposées au soleil, les unes se dessèchent complètement, au point de devenir inutilisables à moins d'être humectées de nouveau et humidifiées : que les autres deviennent plus malléables et plus fragiles. Il est évident que dans les deux cas l'humidité est exhalée : il arrive que les corps qui sont sérieusement desséchés deviennent durs et que ceux dont la nature a moins de consistance deviennent fragiles et fusibles.

Parmi les pierres fragiles, quelques-unes, au feu, deviennent comme des charbons ardents et demeurent ainsi longtemps. Telles celles des mines des environs de Bina, charriées par le fleuve : elles brûlent lorsqu'on pose dessus des charbons allumés, mais il faut pour cela souffler : puis elles meurent et de nouveau peuvent brûler : c'est pour cela qu'elles peuvent servir longtemps. Leur odeur est tout à fait insupportable et pénible.

La pierre qu'on appelle spinus (σπῖνον), qui se trouve dans les mines, fragmentée et mise en tas au soleil, brûle d'autant mieux qu'on l'humecte et qu'on l'arrose avec de l'eau.

Sous l'action du feu, la pierre de Lipari devient poreuse et semblable à la pierre ponce (κισσηροειδής), au point de changer de couleur et de densité ; car, avant d'être brûlée, elle est noire, lisse et dense. Elle se trouve de ci, de là, dans la pierre ponce comme dans une alvéole, mais sans lui être unie ; ainsi, dit-on, se trouve à Milo la pierre ponce dans une autre pierre ; et l'une est en quelque sorte opposée à l'autre, mais cette pierre [de Milo] ne ressemble en rien à la pierre de Lipari.

La pierre de la Tétrade de Sicile devient également poreuse. Ce pays est proche de Lipari.

On trouve au promontoire d'Erinéas beaucoup de ces pierres, brûlant comme celles de Bina : elles ont une odeur de bitume (ἀσφάλτου), et laissent après avoir brûlé un résidu qui ressemble à de la terre calcinée.
Ces pierres qu'on casse pour s'en servir, s'appellent charbon (ἄνθρακας), elles sont de nature terreuse : elles brûlent et le feu les consume comme des charbons (ἄνθρκες).Οη les trouve en Ligurie où nait également l'ambre (ἤλεκτρον) et aussi en Elide, en allant à Olympie à travers les montagnes. Ceux qui travaillent les métaux en font usage.
On trouve quelquefois, dans les mines de Scaptisyle, une pierre qui ressemble à du bois pourri ; lorsqu'on verse de l'huile dessus, elle brûle ; mais lorsque l'huile est brûlée, elle s'éteint, sans avoir subi aucune modification.

Telles sont les différences des pierres qui peuvent être attaquées par le feu.

Il y a encore une autre espèce de pierre, formée pour ainsi dire de principes contraires, entièrement incombustible, on l'appelle l'escarboucle (ἄνθραξ) ; sur elle on grave les cachets. Sa couleur est rouge : mise en face du soleil, elle a l'aspect d'un charbon ardent (ἄνθρακος). Elle est, dit-on, très précieuse, car une très petite vaut quarante statères d'or. On la tire de Carthage et de Marseille.

La pierre des environs de Milet, qui a des angles formant un hexagone, ne brûle pas non plus. On la nomme aussi escarboucle (ἄνθρακα) : c'est fort étonnant, car elle est en quelque sorte semblable à l'adamas (ἀδάμαντος).

Si elles ne brûlent pas, ce n'est pas, à ce qu'il paraît, pour le même motif que la pierre ponce (κίσσηρις) ou la cendre, c'est parce qu'elles n'ont aucune humidité. Les premières sont incombustibles et inattaquables par le feu, parce que leur humidité a été enlevée. Cependant, il y a des gens qui croient que la pierre ponce est nécessairement formée par le feu, sauf toutefois celle qui se forme de l'écume de la mer; cette croyance leur vient par l'observation, tant à cause des pierres rencontrées autour des cratères que de la pierre arabique brûlée, qui se transforme en pierre ponce (κισσηροΰται). Les endroits où elles se trouvent peuvent à la vérité indiquer leur origine, car c'est là qu'est le plus souvent la pierre ponce. Mais peut-être en est-il tantôt ainsi, tantôt autrement et existe-t-il d'autres modes de formation.

La pierre ponce de Niscyros, en effet, paraît formée par une concrétion de sable : la preuve en est que celles qu'on trouve se réduisent dans les mains, en sable, comme si elles n'étaient pas encore constituées et coagulées.

On trouve ces pierres en tas : beaucoup peuvent avec peine tenir dans la main ou sont un peu plus grosses, même après qu'on en a enlevé la superficie.

Toutes les pierres de Milo sont aussi très légères et sablonneuses ; quelques-unes s'engendrent dans une autre pierre, comme on l'a dit plus haut.

Elles diffèrent encore les unes des autres parla couleur, par la densité, par la pesanteur. Il y en a de couleur noire, qui viennent des courants de lave de Sicile : elles sont douces et pesantes et ressemblent à la molaire (μυλώδης). Il existe, en effet, une pierre ponce lourde et dense et qui est pour l'usage beaucoup plus estimée que les autres : en effet, celle de la lave nettoyé mieux que celle qui est légère et blanche; mais celle de la mer est la meilleure.

En voilà assez sur les pierres ponces. Examinons maintenant les phénomènes qui se rattachent aux pierres combustibles et incombustibles que nous avions laissées de côté jusqu'ici.

D'autres différences se rencontrent dans les pierres, d'après leurs propriétés : il faut les connaître pour graver les cachets. Les unes sont simplement extérieures : telles la sarde (σάρδιον), le jaspe (ἴασπις), le saphir (σάπφειφος). Ce dernier est tacheté.

L'émeraude (σμάραγδος) a des propriétés particulières. Car ainsi que nous l'avons dit, elle communique sa couleur à l'eau : petite, à une partie, grosse, à tout l'ensemble : si elle est de très mauvaise qualité, seulement à l'eau qui l'environne : elle est bonne pour les yeux. Pour ce motif, il y a des gens qui portent sur eux des cachets gravés sur émeraude pour les regarder. Elle est rare et petite : à moins que nous n'ajoutions foi aux inscriptions des rois d'Egypte, qui rapportent avoir reçu, dans les présents des rois de Babylone, une émeraude de quatre coudées de hauteur et de trois de largeur, et qui assurent qu'on voyait, dans le temple de Jupiter, un obélisque composé de quatre émeraudes qui avait de hauteur quarante coudées et de largeur à un bout quatre, à l'autre deux. Ces faits sont consignés dans leur histoire.

Mais de celles qui s'appellent ordinairement Bactriennes, la plus grosse est à Tyr. Il y a dans le sanctuaire d'Hercule une grande stèle de celte pierre, à moins peut-être que ce ne soit une pseudo-émeraude : car cette sorte existe. On la rencontre dans des endroits accessibles et connus, dans deux surtout : à Chypre, dans les mines de cuivre, et dans une île qui fait face à Carthage : là aussi on en trouve de plus particulières. Cette sorte prend naissance dans les mines, comme les autres, et à Chypre on en voit plusieurs réunies en groupes : celles qui sont de la grandeur d'un sceau sont rares, la plupart sont plus petites ; aussi s'en sert-on pour la soudure de l'or, car elles soudent comme la chrysocolle (χρυσόχολλα). Et d'aucuns ont supposé qu'elles étaient de même essence, car elles sont de la même couleur.
En effet, la chrysocolle est abondante dans les mines d'or, mais plus encore dans les mines de cuivre, comme dans leurs environs.

Comme nous l'avons dit, l'émeraude est rare. Elle semble venir du jaspe : on dit, en effet, qu'on a trouvé à Chypre, une pierre dont la moitié était d'émeraude, l'autre de jaspe, comme si elle n'était pas encore entièrement transformée par l'humidité. Il faut un certain travail pour polir l'émeraude, car au sortir de la mine elle n'est pas brillante.
Elle est excellente par ses vertus, comme la pierre de lynx (λυγχύριον), dont on se sert également pour les intailles; cette dernière est très dure, comme une pierre : elle est attirante comme l'ambre (ἤλεκτρον). On dit même qu'elle attire non seulement les brins de paille et le bois, mais le cuivre et le fer s'ils sont très menus : ainsi l'affirme Dioclès. Elle est très transparente et rouge de feu. Celle produite par les animaux sauvages vaut mieux que celle des animaux privés, celle des mâles, que celle des femelles : elle varie aussi suivant la nourriture, le travail ou le repos, enfin suivant la nature même du corps, selon que l'un est plus sec, l'autre plus humide. Ceux qui en ont l'habitude, les trouvent en creusant la terre : car lorsqu'il lâche son urine, l'animal la cache et la recouvre de terre. Elle est fort difficile à travailler.

L'ambre (ἤλεκτρον) est aussi une pierre, puisqu'on le trouve fossile en Ligurie ; comme la précédente, il a la puissance attractive, qui se manifeste surtout avec évidence dans la pierre qui attire le fer. Celle-ci est rare et se trouve en peu d'endroits : on doit la citer ici puisqu'elle a la même qualité.

De ces pierres on fait des sceaux, mais avec beaucoup d'autres également. Telle l'hyaloïde (ὑαλοειδής), transparente et réfléchissante, l'escarboucle (ἀνθράκιον) et l'omphax (ὄμφαξ). Il en est de même du cristal (κρύσταλλος) et de l'améthyste (ἀμέθυσον), toutes les deux transparentes. On les trouve, ainsi que la cornaline (σάρδιον), en brisant certaines roches.

Et il existe encore, comme il a été dit plus haut, d'autres différences entre les pierres, même portant le même nom. Pour la cornaline (σάρδιον), l'une est diaphane, plus rouge, elle s'appelle femelle (θῆλυ); l'autre également transparente, mais plus foncée, mâle (ἄρσεν). La pierre de lynx se distingue de la même manière : la femelle est plus transparente, plus jaune. Le cyanus (κυανός) est également appelé l'un mâle, l'autre femelle; le mâle est plus foncé.

L'onyx (ὀνύχιον) est veiné de lignes blanches et brunes parallèles, l'améthyste a la couleur du raisin mûr.
L'agate (ἀχάτης) est aussi une belle pierre, elle vient du fleuve Achate en Sicile : elle se vend très cher.
A Lampsaque, un jour, on trouva une pierre remarquable dans les mines d'or; elle fut portée à Tyr où on en fit un sceau qui, pour sa beauté, fut envoyé au Roi.

Mais ces pierres, quand elles sont belles, sont rares : celles de Grèce sont de qualité inférieure. Telle l'escarboucle d'Orchomène en Arcadie ; elle est plus foncée que celle de Chio, on en fait des miroirs ; celle de Trézène est de plusieurs couleurs, avec des lignes pourpres et blanches. Celle de Corinthe est également de plusieurs couleurs, mais avec plus de blanc et de jaune ; enfin beaucoup sont de cette espèce. Mais les belles escarboucles sont rares, et se trouvent dans peu d'endroits : à Carthage, aux environs de Marseille, en Egypte, au pays des Catadupes, à Syène, puis, près la ville d'Eléphantine et dans le pays qu'on nomme Psibos.

Et à Chypre se trouvent l'émeraude et le jaspe : de ces pierres, celles dont on se sert pour les bijoux viennent de la Bactriane, du côté du désert ; des hommes à cheval les recueillent au moment des vents Etésiens. Elles apparaissent alors, au milieu des sables agiles par la violence du vent : elles sont petites et il n'y en a pas de grosses.

La perle (μαργαρίτης) est aussi au nombre des pierres précieuses : elle n'est pas transparente naturellement; on en fait de somptueux colliers; elle naît dans une huître, semblable à la pinne-marine. C'est l'Inde qui la produit et certaines îles de la mer Rouge.
Voici à peu près les plus belles pierres. Il y en a cependant d'autres : tel l'ivoire fossile (ἐλέφας ὀρυκτός), aux teintes variées, foncées et blanches, et la pierre qu'on nomme saphir (σάπφειρον), de teinte foncée, peu différente du cyanus mâle, et la prasite (πρασίτης), qui a la couleur du vert-de-gris.

L'hématite (αἱματΐτις) est aussi une pierre dense. Elle semble sèche, et comme son nom l'indique, paraît produite par une concrétion de sang desséché. Il en existe une autre appelée xanthus (ξανθή), qui n'a pas la même couleur, mais est d'un blanc jaunâtre, couleur que les Doriens appellent ξανθόν.

Puis le corail (car il ressemble à une pierre), de couleur rouge, rond comme une racine. Il se forme dans la mer.
En quelque sorte, le calamus indicus (κάλαμος ἰνδικός) pétrifié, n'en diffère pas beaucoup. Mais tout cela fera l'objet d'un autre examen.

Il y a encore de nombreuses espèces de pierres, principalement celles qui se trouvent dans les mines de métaux. Quelques-unes, en effet, contiennent de l'or et de l'argent; mais l'argent seul est visible. Elles sont beaucoup plus importantes par leur poids et par leur odeur.
Tel le cyanus (κυανός) naturel, qui contient la chrysocolle, puis une autre pierre de couleur semblable aux escarboucles (ἄνθραξι) : elles sont lourdes.

En résumé, dans les mines on trouve de nombreuses et particulières espèces de pierres. Les unes sont terre, comme l'ocre jaune (ὤχρα) et l'ocre rouge (μίλτος), les autres sable, comme la chrysocolle et le cyanus, d'autres poudre, comme le réalgar (σανδαράχη), l'orpiment (ἀρσενικόν) et tous leurs similaires.
Il n'est pas difficile de se rendre compte de leurs nombreuses particularités. Quelques-unes ont la propriété de ne pas éprouver de modifications, ainsi que nous l'avons dit, telle que de ne pouvoir être gravées avec des instruments de fer, mais seulement avec d'autres pierres.
En somme, la différence dans l'emploi des pierres est grande, suivant leur grosseur. Les unes peuvent être gravées, comme on l'a dit, les autres, tournées comme la pierre magnès (μαγνῆτις), qui est de belle apparence, et dont on voit avec étonnement la ressemblance avec l'argent, alors qu'elle n'est pas du tout de la même espèce.

Il y en a beaucoup qu'on peut employer â plusieurs usages. Ainsi dans l'île de Siphnus, à trois stades de la mer, on trouve un minéral rond et en rognons; comme il est mou, on peut le tourner, et le graver; lorsqu'il a passé au feu et qu'il a été trempé dans l'huile il devient très noir et dur : on en fait des vases pour la table.

Toutes ces espèces subissent la puissance du fer; mais il y en a d'autres qui, plus dures que le fer, ne sont gravées qu'avec d'autres pierres, comme nous l'avons dit. Certaines peuvent être travaillées avec un outil de fer, mais à pointe mousse, ce qui est comme si elles ne pouvaient être taillées par le fer. Le fer mord sur des pierres plus dures et plus solides cependant, car il est plus dur que la pierre. Voici qui peut paraître absurde : la pierre à aiguiser (ἀκόνη) ronge le fer, aussi le fer ne peut la diviser et l'asservir ; il n'en est pas de même pour les pierres à faire les sceaux et cependant, la pierre sur laquelle on grave les sceaux est la même que les pierres à aiguiser ou de même espèce : on la tire d'Arménie.

La nature de la pierre de touche (βασανιζούσης τὸν χρυσόν) est remarquable. Elle paraît avoir la force du feu, car celui-ci éprouve aussi l'or. Aussi quelques-uns ont des doutes, mais à grand tort, car l'épreuve n'est pas la même. Le feu change les couleurs et donne l'évaluation: la pierre éprouve par le frottement; elle paraît, en effet, tirer de chaque alliage sa nature. On dit qu'on en a trouvé maintenant une bien meilleure que celle-ci. Car non seulement elle éprouve l'or purifié, mais aussi le cuivre doré et l'argent, et indique le poids de l'alliage par statère. Il y a des signes de reconnaissance pour les alliages depuis le plus minime : le plus petit est un grain, puis un collybe, ensuite un quart d'obole, enfin une demi-obole; on connaît ainsi la valeur. Toutes ces pierres se trouvent dans le fleuve Tmolus : elles sont naturellement polies et semblables à des cailloux, plates et pas rondes, deux fois grosses comme un très gros caillou. La surface supérieure, tournée du côté du soleil, et celle qui touche à la terre n'ont pas la même valeur pour l'essai : la surface supérieure est meilleure, ce qui est conforme à la raison, parce que la partie supérieure est plus sèche, l'humidité empêchant le trait de se fixer. Elle donne des résultats moins bons dans le temps chaud, car elle se couvre d'une certaine humidité, qui empêche l'adhérence des particules du métal. La même chose arrive aussi à d'autres pierres et notamment à celles dont on fait les statues, et le phénomène semble particulier à la statue.

Voici donc presque toutes les différences et les propriétés qui existent dans les pierres.

Les propriétés des terres sont moins nombreuses, mais plus particulières. Il leur arrive, en effet, de se liquéfier, de subir des transformations, puis de redevenir dures; elles fondent avec les matières fusibles et minérales, tout comme la pierre ; on les amollit et on en fait des briques dont les unes sont couvertes de peintures, les autres combinées; mais toutes réduites en pâte et cuites au feu.
Si donc on fait du verre avec du sable (ὑελίτιδος), comme on le dit, c'est qu'il subit l'action du feu. Le meilleur est celui qui a reçu de la chaux (χάλικι), car en plus d'aider à la fusion et de mêler intimement la masse, elle a la précieuse qualité d'augmenter la beauté de la teinte du verre.
Il y a en Cilicie une terre qui en bouillant devient visqueuse ; on en enduit les vignes, comme d'une glu contre les vers.

Il serait peut-être à propos de mentionner les différences qui existent dans les terres pour leurs qualités pétrifiantes (ἀπολίθωσιν), car celles qui fournissent des sucs différents les uns des autres ont des propriétés particulières : c'est comme pour les sucs qu'elles fournissent aux plantes.

Mais ne vaudrait-il pas mieux énumérer les terres d'après les couleurs dont les peintres font usage? Leur génération en effet, comme nous l'avons dit au commencement, est le fait d'un afflux ou d'une filtration.

Certaines paraissent avoir passé par le feu et semblent calcinées, comme le réalgar ou l'orpiment et autres similaires : mais toutes, à franchement parler, proviennent de l'exhalaison chaude, sèche et fumeuse. Toutes se trouvent dans les mines d'argent et d'or, quelques-unes dans les mines de cuivre. Tel l'orpiment, le réalgar, la chrysocolle, l'ocre rouge (μίλτος), l'ocre jaune (ὤχρα), le cyanus (κύανος), mais celui-ci est très petit et se trouve en petite quantité : les autres sont en veines. On dit que l'ocre jaune se trouve généralement en bloc compacte, l'ocre rouge sous toutes sortes de formes : et les peintres s'en servent dans leurs tableaux à la place d'orpiment, parce que sa couleur n'en diffère pas. Il y a en quelques endroits des mines d'ocre rouge et d'ocre jaune : c'est ainsi qu'en Cappadoce, on en extrait beaucoup; mais on dit que dans ces mines la suffocation est à craindre : elle survient rapidement en peu de temps. La meilleure paraît être l'ocre rouge de Céos, car il y en a de plusieurs espèces : celle par exemple qui vient des mines spéciales, car on la trouve aussi dans les mines de fer. Il y a aussi l'ocre rouge de Lemnos et celle qu'on appelle rouge de Sinope ; mais elle vient de Cappadoce et est apportée à Sinope. A Lemnos, elle est tirée d'une mine particulière. Il y en a de trois sortes : l'une est très rouge, l'autre blanc jaunâtre, la troisième tient le milieu entre les deux autres : nous l'appelons αὐτάρκης, c'est-à-dire se suffisant à elle-même, parce qu'elle n'a pas besoin d'être mélangée, alors qu'il faut mélanger les deux autres.

Une sorte se fait en calcinant de l'ocre jaune (ὤχρας) : elle est de qualité inférieure. C'est une découverte de Cydias : et l'idée lui en vint, dit-on, devant une auberge incendiée, en voyant de l'ocre jaune à moitié calcinée devenue rouge. On met sur un fourneau l'ocre jaune dans des marmites de terre neuves, qu'on lute avec de l'argile. Lorsqu'elles deviennent rouges, l'ocre cuit : plus elle chauffe, plus elle devient foncée et semblable à des charbons ardents. Cela prouve que c'est bien là l'origine de l'ocre rouge ; car, il est visible que c'est le feu qui produit la transformation, si, toutefois, on doit admettre que celle-ci est semblable ou analogue à l'ocre rouge naturelle. L'ocré rouge (μίλτος) est également de deux sortes ; l'une est native, l'autre artificielle.

63] Egalement aussi le cyanus (κύανος), dont une espèce est naturelle et l'autre préparée, par exemple en Egypte. Il y a, en effet, trois espèces de cyanus : celui d'Egypte, celui de Scythie, le troisième de Chypre. Celui d'Egypte est le meilleur pour les couleurs foncées, celui de Scythie pour les couleurs claires. Celui d'Egypte est apprêté, et ceux qui ont écrit les Annales des rois mentionnent aussi le premier roi qui fit le cyanus artificiel, imitant le cyanus naturel. On en paye des tributs et la Phénicie en doit un de cyanus non calciné et un autre de cyanus calciné.

Ceux qui en font la préparation, disent que le cyanus donne quatre couleurs. La première, faite des parties les plus fines, est très pale, la dernière des parties les plus grossières, très foncée.

Mais ces préparations sont artificielles, comme celle de la céruse (ψιμύθιον). En effet, on place le plomb sur du vinaigre, dans des cruches ; lorsqu'il a pris une certaine épaisseur (πάχος) [d'oxyde] (et il la prend en dix jours au plus), alors on le retire, puis on gratte l'espèce de pourriture humide qu'il a sur lui, et on recommence plusieurs fois jusqu'à ce qu'il soit consommé. On broie ensuite dans un mortier et on fait bouillir longtemps : ce qui se dépose au fond est la céruse.

Le vert-de-gris (ἰός) se fait presque de la même manière : on place du cuivre rouge (χαλκὸς ἐρυθρός) sur de la lie de vin et on enlève le dépôt qui se forme dessus. Ainsi disposé, il prend naissance.

Le cinabre est aussi natif ou artificiel : le natif, qui se trouve en Ibérie est très dur et a l'aspect d'une pierre, comme celui de Colchide : on dit que ce dernier est suspendu dans des lieux escarpés et qu'on le fait tomber à coups de flèches. L'artificiel vient en petite quantité, d'un seul endroit au-dessus d'Ephèse. C'est seulement une espèce de sable qu'on recueille, et qui est brillant comme de l'écarlate. On le broie tout à fait dans des mortiers de pierre, et quand il est très menu, on le lave dans des vases d'airain, rarement dans des vaisseaux de bois : prenant de nouveau le dépôt, on le lave et on le broyé. Dans cette opération il y a un tour de main. Car de la même quantité, les uns extraient beaucoup de poudre, les autres peu ou rien. Mais on se sert des eaux des lavages précédents, les employant successivement. Ce qui tombe au fond est le cinabre; ce qui demeure en suspension est de l'eau de lavage. On dit que c'est un Athénien, ouvrier des mines d'argent, appelé Callias, qui a trouvé et enseigné ce procédé. Ayant pensé que c'était du sable d'or, à cause de son éclat, il se mit à en ramasser. Puis, lorsqu'il s'aperçut que ce n'était rien, il admira la belle couleur de ce sable, et il en arriva à faire cette préparation ; cette découverte n'est pas vieille, elle date d'environ quatre-vingt-dix ans (lire neuf ans), sous l'archontat de Praxibule à Athènes.

De ceci résulte que l'art imite la nature et produit des choses originales. Les unes sont utiles, les autres seulement agréables, comme les peintures (ἀλιπεῖς); quelques-unes atteignent les deux buts : tel le vif-argent (χυτὸν ἄργυρον) qui a son utilité. Il se forme lorsqu'on broyé le cinabre avec du vinaigre dans un mortier d'airain, avec un pilon d'airain. On pourrait encore s'imaginer aisément beaucoup d'autres choses analogues.

Parmi les minéraux, il y en a encore d'autres qui ont l'apparence de terres ; leur formation, comme il a été dit, provient à l'origine d'un afflux et d'une filtration plus pure et plus homogène que les autres : elles tirent leurs couleurs variées de la différence des corps sur lesquels elles reposent, comme de ceux qui les composent. Et les unes, on les amollit, les autres, on les fond et on les broie et on en forme les pierres qu'on envoie d'Asie dans nos pays.

Des terres naturelles, ayant outre une belle apparence leur utilité, il y en a à peu près trois ou quatre : la terre de Milo (Μηλιάς), celle de Cimôlos (Κιμωλία), celle de Samos (Σαμία), la quatrième est celle de Tymphé (Τυμφαική) ou gypse (γύψος).

Les peintres ne se servent que de la terre de Milo et pas de celle de Samos, bien que belle, parce qu'elle est grasse, dense et lisse : ce qui est poreux, léger, Apre, maigre, convient mieux à la peinture. La terre de Milo, de Pharis, a ces qualités. Les différentes espèces de terre à Milo et à Samos sont nombreuses.

L'ouvrier, dans les mines de Samos, ne peut pas se tenir droit, il faut qu'il soit couché sur le dos ou sur le côté. La veine s'étend au loin : sa hauteur est d'environ deux pieds, mais sa profondeur est beaucoup plus grande. De chaque côté elle est entourée de pierres, d'où on l'extrait. Au milieu se trouve une veine, et cette veine est meilleure que ce qui est en dehors. Et quelquefois il y a une autre veine intérieure, puis une autre, jusqu'à quatre : cette dernière s'appelle aster (ἀστήρ).

On se sert de cette terre pour nettoyer les vêlements, mais surtout de celle de Cimôlos. On se sert également pour le même objet de la terre de Tymphé, que les habitants de Tymphé et de cette contrée appellent gypse.

Le gypse se trouve en quantité considérable à Chypre où il est très facile à extraire ; les ouvriers n'ont, en effet, qu'un peu de terre à enlever. En Syrie, on fait du plâtre (γύψος) en cuisant des pierres, de même à Thyrion [aujourd'hui Zaverdha], où il y a beaucoup de gypse. On en trouve une troisième espèce aux environs de Tymphé, en Perrhébie, et dans d'autres endroits; mais sa nature est particulière ; elle ressemble plus en effet à de la pierre qu'à de la terre. Cette pierre ressemble à l'albâtre (ἀλαβαστρίτῃ) ; elle n'est pas extraite en grandes masses, mais en morceaux de la grosseur d'un pavé. Son adhérence et sa chaleur, lorsqu'elle est mouillée, sont surprenantes. On se sert de cette pierre pour enduire les bâtiments ou pour sceller les maçonneries. Après l'avoir réduite en poudre, on verse de l'eau dessus et on remue avec des bâtons, car la chaleur empêche qu'on se serve de la main. On ne mouille qu'au moment de s'en servir, car si on s'y prend d'avance, elle sèche rapidement, et il n'est plus possible de l'utiliser.

Elle est très solide, car lorsque les murailles se crevassent et se détériorent, et que le mortier de sable lâche, souvent une portion tombe et la partie inférieure disparaît; alors la partie supérieure reste suspendue, maintenue par l'enduit. On peut encore enlever l'enduit, puis le recuire et l'utiliser. C'est en Chypre et en Phénicie qu'on s'en sert le plus : en Italie, on l'utilise pour crépir les murailles, les peintres en emploient quelques espèces aussi pour leur métier, et les foulons en saupoudrent les draps.

Cette matière convient mieux que toute autre pour faire des statues; on s'en sert beaucoup pour cet usage, surtout en Grèce, à cause de sa fluidité et de son poli.

Telles sont les propriétés du gypse dans ces cas et dans d'autres analogues. Sa nature paraît pour ainsi dire double, réunissant les qualités de la chaux et de la terre, la chaleur et la fluidité, mais à un degré supérieur, car il est plus chaud que la chaux et beaucoup plus fluide que la terre.

Voici qui montre combien il est brûlant. Un navire transportait des vêtements de drap, qui furent mouillés : comme ils prirent feu, le navire lui-même fut consumé.

On le prépare aussi par le feu en Syrie et en Phénicie, on le met dans des fours et on le cuit : on cuit surtout les marbres et d'autres pierres plus ordinaires : il faut mettre de côté les plus dures pour les faire cuire plus vite et plus fort. Car il semble que celles qui sont bien consumées par le feu sont très chaudes et durent plus longtemps. Lorsqu'elles sont cuites, on les réduit en poudre, comme la chaux.

Cela paraîtrait prouver que leur production est essentiellement de nature ignée.



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Selon De Mély.
Oeuvre numérisée par Marc Szwajcer, sur le site remacle.org
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